03/05/23

L’âge d’or, là je dors & la Belle au Bois Dormant

#7 RECONSIDÉRATIONS Podcast

Il y a quelques semaines, je parlais avec un ami. Il était impressionné par tout ce que j’avais mis en place comme changements dans ma vie et aussi rapidement. En effet, je commençais de nouveaux projets qui me demandaient une vision à long terme, je voyais le monde et mon monde intérieur sous un nouvel angle. Mes habitudes avaient considérablement changé, etc. Et en retour, il se remémorait avec quelque peu de nostalgie une période dans sa vie où tout s’était éveillé en lui. Il avait vécu des moments de révélations intenses, des expériences spirituelles très profondes et il me disait, avec un peu de regret, à quel point sa vie lui semblait calme et monotone aujourd’hui. Mais plus il décrivait sa vie actuelle, plus je la trouvais simple, plutôt stable et apaisée. Il me parlait du fait que ses journées se succédaient dans des tâches quotidiennes et rythmées, où tout était voué au quotidien de sa vie familiale. Cet ami venait d’emménager plus proche de la nature, et la maison demandait des soins et des actions simples. Et de mon côté, j’entendais dans son discours émaner la beauté de ce que pouvait être une vie éveillée qui allait à l’essentiel. Contrairement à ce qu’il semblait vouloir me décrire.

Quelques minutes après avoir quitté cet ami, j’ai réalisé à quel point cela me paraissait évident maintenant, qu’après une période d’éveil, spirituel, comme on le dit souvent, il y a un temps plus calme d’intégration. Nécessaire.

Il y a quelques années, j’avais été enseignée par cela en contemplant des vagues sur les berges de la Seine parisienne. Il y a une arrivée fulgurante, une vague de nouvelles informations, qu’elles proviennent de l’intérieur de soi ou du monde environnant, cela n’a pas beaucoup d’importance, il y a surtout du mouvement. Et puis cette eau qui avait déferlé sur le rivage, se retirait quelque part. En soi. Pour aller nettoyer plus en profondeur. Et puis une suspension. Un silence. Avec une sensation de vide, de départ… Avant qu’une nouvelle vague n’arrive. Peut-être même composée pour certaines, de ces mêmes gouttes d’eau que la vague précédente.

Et bien c’est de ce moment de suspension et de silence dont je voulais vous parler aujourd’hui. Ce moment où tout nous semble figé, comme avant, sans mouvement. Mais sans l’immobilité, le mouvement ne peut avoir lieu. Et puis, parfois sur la Seine que j’observais… Une péniche passait sur les flots. Et là, déferlement complet. Les vagues grossissaient, s’accéléraient. Et c’est ce qu’on appelle le grand changement. La période d’éveil. D’éveil à soi, à de nouvelles parcelles de son être, la succession de synchronicités qui déferle dans notre vie et on n’a parfois plus le choix que de reconnaître que les moments de repos précédents nous avaient préparé à réunir toutes les forces intérieures. Pour ne pas se laisser engluer dans nos anciens schémas et pour suivre son chemin, pour poursuivre et se laisser aller dans les flots de nos mouvements intérieurs, suivre le flot remuant de notre âme. Qui nous guide vers ailleurs.

À l’heure où je prépare ce podcast, mon ami vit aussi finalement une période de grands bouleversements dans sa vie, avec beaucoup d’imprévus, et je crois qu’il n’avait pas idée à quel point la vie qu’il me décrivait il y a encore quelques semaines allait être bouleversée, et que cette immobilité dont il me parlait n’était qu’un passage.

Ce podcast pourrait s’arrêter là. Je pourrais vous laisser avec ces premières images et réflexions, dans votre cheminement intérieur. Vous aurez d’ailleurs remarqué que je le publie un peu plus tard que prévu. Sauf pour ceux qui écouteront le podcast beaucoup plus tard. Honnêtement, cela fait plusieurs semaines, que je veux vous parler de ce sujet, et bien que j’ai déjà traversé ce genre d’énergies, j’avais besoin encore de l’expérimenter pour que s’organise tout ce dont je voulais vous parler ici. J’ai eu besoin de lever le pied, et d’expérimenter une phase de silence, de repos, d’intégration…

L’âge d’or et le conte de la Belle au Bois Dormant.

La vie est cyclique, elle est impermanence. Et ce que l’on prend pour acquis, les appuis sur lesquels on flotte actuellement pourraient bien changer d’une minute à l’autre. C’est normal ! Il y a des saisons dans tout. Au nombre de 4. Il y a les 4 saisons. Il y a la constriction, le recul, la prise d’élan, puis l’action, la mise en mouvement, l’inspiration, ensuite la suspension, la respiration s’arrête un instant, le corps intègre l’oxygène et la lumière, jusqu’au fond de ses cellules. Suivi de l’expiration, le nettoyage, l’expulsion… Et ainsi de suite. Il y a quatre archétype pour le cycle féminin, correspondant à ses quatre périodes… Il y a quatre périodes de vies, tout aussi importantes les unes que les autres. Il y a quatre pieds, au moins, à une chaise ou une table… Le 4 est synonyme de stabilité. Mais dans la vie cette stabilité s’opère non pas dans l’immobilité, mais bien paradoxalement dans le mouvement entre ces quatre principes.

On a tendance à idéaliser la période d’éveil spirituel, le changement concret, mais il y a aussi une part très importante dans un parcours d’éveil à soi qui est celle de l’endormissement, du repos, de l’immobilisation, de l’intégration.

J’ai effectivement mis du temps à préparer ce podcast, parce que j’étais et je suis encore un peu dans cette période. Malgré la renaissance de la nature au printemps, malgré le fait que la Terre sort de son hibernation, mon rythme intérieur était tout autre. De nouvelles informations se faisaient jour, certes, mais pas dans le concret. Alors dernièrement, je me suis retrouvée soudainement ralentie, je n’arrivais plus à faire avancer mes actions, je faisais très peu de tâches à la journée, et je dormais, je dormais. Et puis, j’ai réussi à comprendre, à une nouvelle couche de conscience, j’ai pu accepter que finalement cette période permettait à mon corps d’intégrer les avancées fulgurantes qui avaient eu lieu dans mon parcours d’éveil, j’ai pu aussi accéder à des rêves et des parties de mon inconscient qui s’éveillaient. Pour aller succinctement un peu plus loin, j’ai pu observer aussi, que malgré le fait que ça n’avançait pas terrible dans la matière dans ma vie ici, en réalité ces heures passées dans l’immobilité me permettaient de voir que j’œuvrais ailleurs, je dialoguais avec d’autres parties de mon âme, dans des vies antérieures, , ou bien d’autres dimensions de mon être, je ne sais pas, hors de l’espace et du temps. Mais en fait, je n’avais clairement pas l’impression d’être inactive, je peux vous le dire…

Il y a l’âge d’or, celui où on se met à briller comme un nouveau soleil, où on se sent renouvelé, brillant, compétent dans son nouveau royaume et puis il y “là je dors”, ce temps de récupération, ce temps où nos avancées profitent à toutes les dimensions de notre être, et à celles de notre inconscient collectif aussi. Il y a ce retour à la caverne intérieure pour pouvoir encore plus puissamment faire profiter de nos nouvelles vibrations au reste du monde. Ce n’est pas tout à fait la période hivernale complètement isolée. C’est une courte période de suspension, celle où on se prépare totalement à quitter notre mue de serpent, notre ancienne peau, cet ancien costume qu’on avait déjà essayé d’enlever. C’est tout l’être qui, en se rendormant peut-être, se prépare à mêler ses nouvelles découvertes avec toutes celles de l’histoire de notre vie, ou même de nos vies, pour opérer à une transmutation totale avant de retourner dans le monde ordinaire et partager sa sagesse…

Il y a un livre, et je pense que ce ne sera pas la seule fois où je vous en parlerais, ce livre c’est MON livre de chevet : le Héros aux mille et un visage de Joseph Campbell. L’auteur a réuni de nombreux mythes, contes, religions pour en laisser sortir une structure commune. Il est important de comprendre que les cycles dont il parle peuvent en simultanée traverser plusieurs années de notre vie, tout comme quelques heures de notre journée.

Il explique donc au fur-et-à mesure des chapitres, les différentes étapes, cycles que nous traversons tous dans nos inconscients, avant de se révéler être le véritable héros mythique de notre vie. On y croise alors plusieurs archétypes qui se succèdent, plusieurs paysages intérieurs magiques et indécelables. On s’éveille à notre part divine, et puis aussi à notre part humaine. Il y a le monde ordinaire, celui que l’on connaît au départ de notre aventure, puis le premier pas vers un ailleurs, la première embûche dans ce nouveau paradigme du héros que nous sommes. Et puis se succèdent différentes étapes et épreuves, avant d’arriver à la quatrième saison de notre aventure, celle du retour au monde ordinaire, celle du retour vers ce que l’on connaissait auparavant. Mais ayant tant changé, il nous faut encore passer entre le monde magique de notre éveil, à celui du monde matériel, à celui où toutes les lignes dernièrement modifiées dans notre être vont pouvoir concrétiser les changements dans la matière. Ce dernier passage peut être délicat, et il est possible qu’on ait la sensation de régresser, de retourner au tout début de notre aventure, peut-être pour comparer l’avant après, peut-être parce qu’une leçon de vie n’a pas encore été intégrée, mais dans tous les cas, je reste persuadée que l’on avance. Que l’on se prépare en réalité, comme ce héros aux mille et un visages, on se prépare à partager à ceux qui n’ont pas vécu l’aventure comme nous l’avons vécue, car différents, de partager notre expérience, de la transformer en enseignement pour toutes les parties de son être et donc pour les autres également.

Ainsi donc, pour aujourd’hui, je choisis de vous parler d’un des visages de ce héros que nous sommes tous, en utilisant le motif du conte de la Belle au Bois Dormant en m’appuyant sur un autre livre : Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim.

Pour moi la Belle au Bois Dormant nous parle de cette période d’adolescence, celle où l’on se prépare, où l’on mute d’un état à un autre. Celle où l’on dit au revoir au passé, en même temps que l’on dit bonjour à notre futur. C’est le printemps mais qui peut parfois nous mettre dans une position endormie avant d’émerger. Celle où l’on prépare son système nerveux, son arborescence à l’étape ultime, juste avant l’arrivée dans la quatrième phase de notre vie.

Et pour illustrer ce que je perçois de cette quatrième saison, je vais vous lire un extrait de ce livre : Pour Tolkien, les éléments les plus stables des contres de fées traditionnels sont au nombre de quatre : l’imagination, la guérison, la délivrance et le réconfort… Parlant du dénouement heureux, Tolkien souligne que, pour être complets, tous les contes de fées, et j’ajoute tous les êtres du coup, doivent avoir ce dénouement heureux. Heureux, j’entends par ici, différent d’avant. Cela ne veut pas dire que ça va sonner comme le happy end d’un Walt Disney, mais c’est tout de même un dénouement parce qu’il y a eu transformation.

Tolkien dit “Les choses prennent soudain une tournure joyeuse… Quelque peu fantastique et aussi terrible qu’ait pu être être l’aventure, l’auditeur, qu’il soit enfant ou adulte, retient son souffle (la suspension avant l’expiration dont je vous parlais juste avant), retient son souffle quand vient ce virage, son cœur se met à battre, est soulevé, et il n’est pas loin des larmes”.

Et c’est là donc que survient cette phase parfois d’endormissement. Comme on dit après l’effort, le réconfort. Cette quatrième saison de notre aventure si particulière d’éveil, qui certainement donnera lieu à une autre ultérieure, cette quatrième saison, peut effectivement parfois commencer par l’endormissement momentané. Mais pourquoi ? Et bien pour se préparer à transcender totalement, à se transformer complètement de tout son être, pour se préparer à cet ultime feu d’artifice d’émotions… Et si tu es comme moi complètement, subtilement sensible, tu sais à quel point ces moments de révélation à soi-même, ces périodes printanières et estivales de ton être peuvent être fortes en émotions. Épuisantes. Le corps et toutes les consciences ont besoin de ce temps de repos pour s’y préparer. Pour qu’enfin les leçons soient acquises, pour qu’enfin tu puisses voir toute l’explosion de ta lumière sans cligner des yeux.

Je vous lis donc maintenant un bout du chapitre sur le conte de la Belle au Bois Dormant du livre de Bruno Bettelheim et je me permet de divaguer quelque peu par-dessus :

“La Belle au Bois Dormant - Maîtriser l’adolescence

L’adolescence est une période de changements importants et rapides, caractérisée par des phases de passivité et de léthargie absolues alternant avec une activité frénétique, et même un comportement dangereux, pour “prouver que l’on existe” - c’est donc ces premiers élans pour sortir de sa zone de confort, sans s’y être vraiment préparé, ce sont ces moments où l’on teste sa nouvelle façon d’être auprès des autres, et où l’on a besoin parfois de retourner à l’intérieur de soi pour faire le point -

Ce comportement hésitant de l’adolescent trouve son expression dans certains contes de fées où le héros, après s’être précipité dans d’incroyables aventures, est soudain transformé en pierre par quelque maléfice. Plus souvent - et, sur le plan psychologique, plus judicieusement - l’ordre est renversé […] Alors que de nombreux contes de fées insistent sur les exploits que doit accomplir le héros pour devenir lui-même “la Belle au Bois Dormant” insiste sur la concentration intérieure, longue et paisible, qui est également requise. Pendant les mois qui précèdent les premières règles, et souvent pendant la période qui les suit immédiatement, les fillettes sont passives, comme endormies et se replient sur elles-mêmes. L’approche de la maturité sexuelle des garçons ne s’annonce pas par un état analogue mais beaucoup d’entre eux connaissent pendant la puberté une période de lassitude et de repli sur soi qui correspond à l’expérience de l’autre sexe. On comprend donc que le conte de fées où une longue période de sommeil commence en même temps que le début de la puberté.

Pendant l’adolescence, qui provoque les changements les plus importants de la vie, la croissance ne peut évoluer convenablement que si le jeune passe par des périodes d’activité et de repos. Le repli sur soi, qui peut passer pour de la passivité (le jeune “dort sa vie”), a lieu quand les processus mentaux prennent une telle importance que l’individu n’a plus la force d’agir vers l’extérieur. Les contes de fées du type de “La Belle au Bois Dormant”, qui ont pour thème principal la période de passivité, permettent à l’adolescent en herbe de ne pas s’inquiéter durant sa période d’inactivité : il apprend que les choses continuent d’évoluer. La conclusion heureuse affirme à l’enfant qu’il ne restera pas figé dans son apparente inactivité, même si, sur le moment, il a l’impression qu’il n’en sortira jamais.

Après la période d’inactivité qui, d’une façon typique, intervient au début de la puberté, l’adolescent devient actif, comme s’il voulait rattraper le temps perdu. Dans la vie réelle comme dans les contes de fées, il essaie de s’affirmer, en passant souvent par de dangereuses aventures. C’est par l’intermédiaire de son langage symbolique que le conte de fées établit qu’après avoir rassemblé ses forces dans la solitude, l’adolescent doit devenir lui-même. En fait, cette évolution est pleine de dangers : l’adolescent doit tourner le dos à la sécurité de l’enfance (il est perdu dans une forêt hérissée de dangers) ; il doit apprendre à affronter les angoisses et les tendances violentes d’autrui (il rencontre des bêtes sauvages et des dragons - je cite ici aussi sa part sauvage intérieure, et son propre dragon, sa force et sa puissance lumineuse qui mal maîtrisée peut devenir destructrice, où paradoxalement une vraie force de vie plus lumineuse…) ; il doit apprendre à apprendre à se connaître (il croise des personnages et des expériences étranges). Grâce à ce processus, l’adolescent perd son ancienne innocence : il n’est plus le “Simplet” (dans les Trois Plumes), que l’on considère comme un être stupide et obscur - il n’est plus, je rajoute l’être simple tel que l’on se considère parfois soi-même - ou comme le “petit garçon, ou la petite fille, de sa maman…”. Les risques que contiennent les aventures hardies sont évidents […] “La Belle au Bois Dormant encourage l’enfant - et donc l’enfant que nous sommes, notre enfant intérieur dans les cycles de vie à l’âge adulte - à ne pas avoir peur des dangers de la passivité.

“La Belle au Bois Dormant” a beau être très ancien, il a plus que tout autre conte un message très important à délivrer aux jeunes - ou moins jeunes - La plupart des adolescents - et leurs parents - redoutent une croissance sans histoires, où rien, semble-t-il, ne se passe ; on estime en général que l’on ne peut arriver à quelque chose que si on a un objectif bien visible. “La Belle au Bois Dormant” dit qu’une longue période de repos, de contemplation, de concentration sur soi, peut conduire et conduit souvent à de grandes réalisations.

On a prétendu récemment que, dans les contes de fées, la lutte contre la dépendance de l’enfance et pour la réalisation de soi est souvent décrite de façon différente selon qu’il s’agit d’un garçon ou d’une fille et que ce particularisme découle d’un parti pris social. Or, il est évident que les contes de fées ne tombent pas dans ce travers. Ils présentent la fille repliée sur elle-même au cours de la lutte qu’elle livre pour son identité, et le garçon tourné agressivement vers l’extérieur ; mais ils symbolisent ensemble les deux façons d’affirmer son identité : en apprenant à connaître et à maîtriser le monde intérieur comme le monde extérieur. Dans ce sens, les héros des deux sexes sont une fois de plus des projections de deux aspects différents d’un seul et même processus où tous les individus doivent s’engager au cours de leur croissance. […]

Dans les contes de fées, les personnages des deux sexes apparaissent dans les mêmes rôles ; dans “La Belle au Bois Dormant”, c’est le prince qui observe la belle endormie, mais dans “Cupidon et Psyché”, et dans les nombreux contes qui en dérivent, c’est Psyché qui surprend Cupidon dans son sommeil, et qui, comme le prince, s’émerveille de cette beauté qui lui appartient. Ce n’est qu’un exemple entre mille. Étant donné la multitude des contes de fées, on peut penser, sans grand risque de se tromper, qu’il y a autant de héros qui volent au secours de leur bien-aimée que d’héroïnes qui montrent la même détermination et le même courage en sauvant leur prince charmant. Et il faut qu’il en soit ainsi, puisque les contes de fées révèlent sur la vie des vérités essentielles.

[…] je me permets d’écourter un peu la lecture de ce chapitre pour aller vers la fin et je t’invite à te procurer ce livre très intéressant pour prolonger la réflexion -

La rencontre harmonieuse du prince et de la princesse, l’éveil de chacun d’eux devant l’autre, est le symbole de ce qu’implique la maturité : non seulement l’harmonie vis-à-vis de soi-même mais également l’harmonie vis-à-vis de l’autre. L’auditeur décidera s’il doit interpréter l’arrivée opportune du prince comme un événement qui provoque l’éclosion de la sexualité ou celle d’un moi supérieur. L’enfant, probablement, saisira les deux sens. […] il y verra certainement l’éveil de sa personnalité, la mise en harmonie des tendances chaotiques qui grouillaient en lui autrement dit, l’entente harmonieuse de son ça, de son moi et de son surmoi. L’union heureuse de la fin du conte, semble être le message le plus significatif que puissent transmettre les contes de fées. […] Ce n’est qu’après avoir réalisé l’harmonie intérieure qu’on peut espérer la trouver dans les rapports avec les autres. […] L’histoire de “La Belle au Bois Dormant” fait comprendre […] qu’un certain événement traumatique - ou une vague de changement - […] a des effets très heureux. L’histoire impose l’idée que ces événements doivent être pris très au sérieux, mais que l’on ne doit pas en avoir peur. La “malédiction” est une bénédiction déguisée.
Jetons un coup d’oeil à la version la plus ancienne que nous connaissons du thème de la Belle au Bois Dormant et qui est “Perceforest”, publié il y a plus de cinq cents ans.

C’est grâce à Vénus, la déesse de l’Amour, que l’héroïne se réveille quand son bébé, en tétant son doigt lui enlève l’écharde ; dans la version de Basile, le réveil s’effectue de la même façon. La femme ne s’accomplit pas totalement quand elle a ses règles, ni quand elle devient amoureuse, ni quand elle a des rapports sexuels, ni quand elle met au monde un enfant, les héroïnes de Perceforest et de l'histoire de Basile font tout cela en dormant; il reste nécessairement quelques pas de plus à faire sur le chemin de l’ultime maturité ; il faut encore nourrir l’être qu’on a mis au monde. Ces histoires énumèrent des expériences qui n'appartiennent qu'à la femme, elle doit les vivre toutes avant d'atteindre le sommet de sa féminité - mais finalement on peut le lire aussi, en parallèle, concernant les hommes et leur polarité féminine - C’est l’enfant qui rend la vie à sa mère, ce qui symbolise que l’enfant ne se contente pas de prendre passivement ce que sa mère lui donne, mais qu’il doit aussi, activement, lui rendre un grand service. Il peut le rendre quand elle lui donne le sein : elle se réveille à la vie, elle renaît, ce qui, dans les contes de fées, est toujours le symbole d’un passage à un état d’âme supérieur. Ainsi, le conte de fées dit aux parents, comme aux enfants, que le nourrisson ne se contente pas de recevoir, mais qu’il a aussi quelque chose à offrir. Tandis qu’elle lui donne la vie, il ajoute une nouvelle dimension à la vie de sa mère. Le repliement sur soi-même qui était évoqué par le long sommeil de l’héroïne prend fin quand cet échange se réalise. je vous invite ici à observer le parallèle avec nous, enfant de la Terre, quand nous nous incarnons. La Terre Mère nous donne naissance, nous nourrit, mais l’accomplissement ultime de notre incarnation serait de rendre vie à cette Terre… En se redonnant naissance... On dit souvent que nos parents nous donne naissance, et qu'il y a un passage transitoire, initiatique, dans nos vies où nous nous redonnons naissance à nous-mêmes.
Et je rajouterais que c'est une fois que le féminin et le masculin intérieurs se sont rencontrés en nous, et se sont réunis, que l'enfant intérieur nous nourrit, nous rend cette énergie, pour que nous puissions transmuter, que nous puissions  quitter notre mue de serpent, notre costume d'avant, nos anciennes habitudes, notre ancienne identité.

Cette idée de renaissance est amplifiée quand tout l’univers de la Belle au Bois Dormant - ses parents et tous les habitants du château , même les chevaux et les mouches - revient à la vie en même temps qu’elle. Si nous sommes insensibles au monde, le monde cesse d’exister pour nous. Quand l’héroïne s’endort, le monde, pour elle, s’endort aussi ; et il ne se réveille que quand un enfant est nourri en lui : ce n’est que de cette façon que l’humanité peut continuer d’exister.

Je rajouterais aussi toutes les périodes de long sommeil que doivent traverser les jeunes nourrissons. C'est le seul moyen pour les bébés d'intégrer totalement les énergies et de commencer leur incarnation. Ils n'ont pas la structure énergétique assez renforcée pour vivre trop longtemps un lien avec ce qu'il se passe dans la matière et la réalité. Ils ont besoin d'intégrer les informations, le cerveau a besoin de modifier sa plasticité, d'évoluer, de se construire, et le bébé n'a d'autre choix que de le faire durant son sommeil.

Ce symbolisme est perdu dans les versions plus récentes de l’histoire, qui se terminent par l’éveil de la Belle au Bois Dormant et de son monde à une nouvelle vie. Mais même sous la forme abrégée qui est parvenue jusqu’à nous, où la Belle est réveillée par le baiser du prince, nous sentons, sans que cela nous soit précisé comme dans les versions plus anciennes, que l’héroïne est l’incarnation de la féminité dans toute sa perfection.”

C’est ce quatrième pied de la table, qui nous apprend la maîtrise, cette phase qui nous prépare déjà au cycle suivant. C’est ce moment, où l’on sort de l’âge d’or, de l’avènement de notre roi soleil intérieur, où le printemps, le fleurissement de nos nouvelles compétences peuvent être totalement intégrées, où on est parfois quelque peu blazé par ce qu’on a déjà traversé, comme si nous avions déjà tout vu alors que viennent tout juste de s’ouvrir à nous nos nouvelles compétences pour une nouvelle vie, pour une nouvelle phase de notre vie. Où l’on croit qu’à peine couronné, notre souveraineté s’épuise, où l’on se rendort mais pour mieux retourner dans le monde matériel, ce monde ordinaire, en emportant tout ce que l’on a éveillé en soi, par soi… C’est ce moment d’adolescence de notre être, ce cycle que l’on peut traverser à maintes reprises dans sa vie, pour aller vers une nouvelle évolution, continuellement, où l’on s’émancipe de ses parents, et de leur présence encore fusionnée en nous, dans notre psyché, de ses parties et figures d’autorités précédentes pour prendre de nouvelles libertés d’être et se sortir de ses croyances et programmes anciens et erronés, acquis et imposés. Où l’on teste de nouvelles façons d’être pour mieux les intégrer dans notre vie. C’est cette période de passivité et qui pourtant nous promet de belles avancées à venir… C’est cette nouvelle maîtrise, ce nouvel équilibre, pour qu’enfin ton masculin, ce prince charmant à l’intérieur de toi s’éveille et fasse le pas d’aller chercher et de faire confiance à ton féminin intérieur… Pour qu’enfin tu t’éveilles après un long sommeil, à tout ce que tu ressens, à toute ta richesse et ta sensibilité. Pour qu’enfin le monde s’éveille et que le royaume soit gouverné avec harmonie…

Finalement, nous sommes des êtres cycliques, la vie est cyclique et pour prolonger ce travail d’individuation, et ce, à plusieurs reprises dans notre vie, comme traversant différents paliers d’une conscience de soi. Il est important de démystifier l’éveil spirituel. Il est important d’accepter qu’au sortir de certaines expériences mystiques, où la conscience de soi individuelle vient se fusionner à l’âme du Monde, nous ayons ce besoin de revenir à son individualité, à sa vie terrestre, humaine et quotidienne afin d’intégrer l’initiation que l’on a eu pour la partager, lors de ce retour, avec les habitants du monde ordinaire. Du monde du milieu comme on l’appelle en chamanisme.

Alors c’est là que tout le parcours du héros que nous sommes prend son sens. C’est quand on revient de son aventure pour devenir maître d’entre les deux mondes, quand on vient incarner l’être spirituel dans la matière de notre vie quotidienne…