22/02/23

Je pense trop… Dit et gère

#4 Reconsidérations

Il n’y pas longtemps je suis tombée sur un livre que je me gardais bien au chaud depuis quelques années et que je n’avais pas encore lu. Alors déjà si je peux te rassurer sur une chose si tu te questionnes encore de pourquoi tu ne trouves pas encore le moment de lire un livre que tu t’es acheté et te semblait absolument important d’avoir dans ta collection. C’est que tu n’as pas encore expérimenté certaines choses dans le livre de ta vie, et que la vie souhaites que tu expérimentes avant d’en lire la théorie dans les pages de ce nouveau livre. Ce qui y est écrit confirmeront donc ce que tu as déjà appris par tes propres ressources. Et là ça devient puissant.

Le moment où tu te plonges dans le dialogue d’un auteur ou d’une autrice avec ton dialogue intérieur est alors toujours le bon… Pour toi.

Donc ce livre est “je pense trop” de Cristel Petitcollin.

Wah, merci. Merci à l’autrice qui NOUS parle à nous tous les hypersensibles, TDAH, etc et autres zèbres perdus dans la jungle d’un monde dans lequel on a l’impression d’avoir atterri par erreur…

Mais le plus important c’est que l’autrice nous invite à ne pas nous faire rentrer nous-mêmes dans des cases et plutôt à nous faire comprendre profondément le fonctionnement d’un tel mental en ébullition, et dans toutes les dimensions de notre être pour enfin l’accepter et se prendre par la main avec plus de bienveillance.

Rester dans une case nourrit l’aspect superficiel des choses, cachée à nous-mêmes et aux autres cela maintient la partie immergée de l’iceberg, permet aux autres de nous y maintenir et nous continuons alors tous ensemble à nourrir nos pensées et comportements. Cela nous maintient dans les mécanismes de certains biais cognitifs dont le prédateur le plus dangereux d’entre eux : le biais cognitif de la généralisation.

L’autrice nous invite aussi à nous responsabiliser en premier lieu. à comprendre ce qu’il se trame en nous, pourquoi et comment ne plus attendre quoi que ce soit de certains membres de notre entourage familial, professionnel, amical, amoureux, en nous prenant en charge car personne d’autre ne pourra mieux nous connaître que nous-mêmes. Bon je vous l’accorde, elle n’a rien inventé car dans toutes les grandes philosophies et médecines ancestrales cet enseignement est partout : “Connais toi toi-même”.

J’ai compris la frustration que je vivais, et même le désarroi d’une partie en moi, quand je n’arrivais pas à faire reconnaître à mes proches les difficultés que je vivais comme étant particulière. Et c’est là souvent que le prédateur biais-cognitivo-généra-delirium apparaissait de derrière les fourrés. à peine certains aspects de mon intelligence non conforme, que mes proches me rétorquait “oui mais on est tous un peu autiste tu sais. Je suis sûre que ton frère l’est d’ailleurs.” Ah ben super, je parlais de moi et voilà qu’à peine une phrase d’énoncé qu’on me renvoie à “tout le monde est comme ça”. Comme ça quoi, je n’ai même pas eu l’occasion d’aller plus loin dans la description de ce que je vis. Et fort heureusement, je n’en suis plus actuellement à émettre d’une sorte d’appel à l’aide, mais voyez comme la généralisation peut être assez douteuse et dangereuse, quand un être vient vous questionner avec tous ses doutes, vous crois capable en tant que parent ou référent d’au moins aller chercher une solution ou une réponse s’il ne l’a pas lui-même, et finalement vous renvoie à la face que tout est normal, rentres chez toi et on en parle plus.

Et bien du coup, peut-être est-ce de la fierté, ou une croyance mal placée de la petite fille intérieure qui a toujours cru qu’elle devait se débrouiller toute seule, mais concrètement, je suis en mesure maintenant d’assumer le fait que seule moi-même peut me comprendre et peut m’aider à accepter ces particularités, à en voir les ombres et la lumière pour pouvoir me développer en toute confiance et trouver ma place dans ce monde. Mais quel dur labeur. Et ce livre m’a au moins offert le soulagement de voir que certains ne détournent pas les yeux en utilisant le joker “tout le monde” ou “ça n’existe pas”. Si toi aussi tu rencontres ce genre de discours, je t’invite à lire ce livre, il a même suscité en moi des libérations émotionnelles assez phénoménales alors que je pensais avoir résorbé ces blessures et failles depuis bien longtemps.

Je ne vais pas m’attarder ici sur les biais cognitifs car cela fera certainement le sujet d’un autre post, voir plusieurs, mais je t’invite à aller chercher des informations là-dessus. Car une fois n’est pas coutume, je vais utiliser la rapidité de ce biais cognitif : nous fonctionnons tous avec des biais cognitifs et l’enjeu est de s’en dépêtrer pour se reconnaître soi dans toute sa vérité et trouver les ressources et capacités de donner au monde ce qui nous rend unique…

Bon je reviens à mes moutons.

Donc le “je pense trop”… Toi aussi tu as l’impression que ça ne s’arrête jamais? Que chaque pensée en découle à plein d’autres, et que dès le réveil, si ton cerveau était par chance déjà un peu moins en effervescence lors de ton sommeil, donc dès le réveil cette sensation d’avoir lancé toute une boîte de billes, s’entrechoquant, partant dans une direction et revenant à son point de départ pour déquiller dans mille directions une dizaine d’autres… Et toutes ces billes qui se renvoient la balle par ricochets incessants, qui roulent, vont au plus loin de ton paysage intérieur avant de revenir.

Est-ce que toi aussi tu fonctionnes par synesthésie où chacun de tes 5 sens, et le 6 de surcroît viennent titiller en symphonie toutes tes neurones rapides comme l’éclair, où tu as la sensation que tes pensées prennent une couleur, une sensation ou même une odeur et se ballade jusque dans certaines parties de ton corps et de ton cœur? Et bien en réfléchissant de bon matin, tiens donc ça nous aurait étonné que je me lève un jour la tête totalement vide ! En m’arrêtant sur ces pensées qui prenaient déjà corps dans mon propre corps, j’ai pu observer et prendre conscience de quelque chose justement par rapport à mon corps.

Très souvent ces dernières années, j’avais compris la nécessité de laisser le temps à mon corps physique de digérer les informations et prises de conscience, en appréciant le simple plaisir de contempler la barre de téléchargement se remplir au fur-et-à mesure afin que mon corps et tout mon être intègrent mes prises de conscience récentes, mes apprentissages, mes avancées de l’apprenti-sage que j’étais.

Simplement ce matin-là, en me connectant aux ressentis du corps dès que je me demandais comment est-ce que je gérais la digestion de mes pensées, une nouvelle donnée m’est apparue : je me représentais le fait de laisser le corps digérer comme un processus où les données allaient être rangées par-ci par-là, là où je trouvais encore un peu de place dans les différents tissus de mon corps. J’envoyais donc le message automatiquement à mon corps de “j’ai dit” j’ai pensé, “et maintenant tu gères”. “Je dis. Gères, toi”

Pour moi quand je me laissais me débrouiller toute seule pour repartir chevaucher sur de longues routes sinueuses pensantes, avec l’injonction de “maintenant je vais digérer tout ça”, je partais inconsciemment du principe que j’allais pouvoir entasser toutes ces informations dans la bibliothèque de mon corps, bien empiler là où il restait encore un peu de place. Mais non !

Il y a une certaine nuance à faire ici…

Car il faut bien comprendre une chose : quand on ressent, on ne pense pas. L’enjeu est donc de trouver un équilibre entre des moments d’activité cérébrale, et, surtout pour ceux qui “pensent trop”, d’aller créer des moments où seuls les ressentis sont écoutés. Alors le corps peut parler en retour, alors les ressentis peuvent confirmer une idée ou non… Car une suractivité mentale peut aussi parfois, être une protection automatique pour éviter tout ressenti physique et émotionnel, et là c’est dissociation. Cela peut provenir d’un trauma, d’un inconfort que l’on n’a pas envie de revivre. Alors l’enjeu est de faire s’associer à longueur de journée pensées et ressentis. C’est là qu’est à mon sens la véritable connaissance de soi.

Alors plutôt que de “dit et j’ère”, l’enjeu est d’apprendre à se gérer, à digérer toute information et à le transmuter, à accompagner le corps dans cette transformation. Et c’est ainsi que tu pourras ensuite ressentir, penser, dire et agir dans la même direction.

Noëllie pour Les Arborescences de Pan